Rédemption

Un jeune miséreux accroupi dans le noir,
La tête dans les bras, pétri de désespoir,
Redoutait son futur au bagne condamné,
Son destin enchaîné par le poids des années.

Défilaient devant lui des souvenirs d’enfance
Imprégnés de la blanche odeur de l’innocence
Il rêvait de vêtir l’habit du magistrat
Mais lui fut assigné celui du scélérat.

Tenté par l’interdit, curieux et joueur,
Il découvrit la poudre aux pouvoirs enchanteurs.
D’une inspiration son esprit s’envolait
Dans un rêve où planaient des anges violets.

Lorsqu’Icare enfreignit les ordres de son père,
Le soleil le punit et ses ailes brûlèrent.
Ivre de liberté, le crédule garçon
Ignorait du nectar la cruelle rançon.

Ses commandes du soir se firent plus fréquentes ;
Sans sa dose, il souffrait de pulsions urgentes ;
Cet agneau vulnérable, endetté jusqu’au cou,
S’était jeté – hélas ! dans la gueule du loup.

Alors qu’il suppliait à genoux son dealer,
Il se vit refuser son accès au bonheur.
Quelque chose en lui se fendit. Un cri glaçant
Fusa. Quel est ce liquide rouge ? Du sang.

Sous le cadavre inerte, une flaque écarlate
Fuitait du trou béant imprimé dans sa rate ;
Le couteau dans la main, muet, l’adolescent
Comprit que rien ne redeviendrait comme avant.

Hanté par le remords qui torturait son âme,
Chaque nuit, il voyait s’ensanglanter la lame ;
C’en était trop. Cherchant sa juste sanction
Il fit le premier pas vers la rédemption.

Il avoua son crime au sein d’un tribunal,
Se délivrant ainsi de sa peine infernale.
Après bien des hivers, il sortit de prison
Accueilli par les cerisiers en floraison.

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