🪶 XII – Le Pendu

Dans le calme brumeux d’un austère jardin,
Mûrit, sous un gibet qu’apprivoise le lierre,
Un fruit bariolé, de forme singulière,
Dont la tige aboutit sur un soulier de daim.

L’homme, soumis au joug d’un éternel gadin,
Dessine avec ses bras une croix de saint Pierre,
Et son air impassible et sa close paupière
Évoquent les anciens sacrifices d’Odin.

Loin de quêter la grâce ou la miséricorde,
Ce pendu s’attacha sciemment à sa corde,
Cherchant les vérités que, jadis, il bouda.

Un jour qu’à l’horizon poignait un rouge limbe,
Le drôle, auréolé d’un mystérieux nimbe,
Ouvrit des yeux rieurs comme ceux d’un bouddha.