Rêve d'aventure

Mes nuits m’offrent un monde où tout devient possible :
Où je deviens l’ami de nobles chevaliers,
Où j’explore des lieux au charme irrésistible
Où j’affronte sans peur des monstres par milliers.

Chaque jour rime avec une belle aventure ;
L’aube au voile doré m’indique le chemin
Vers des pays lointains d’exotique nature
Égalant de prestige un empire romain.

Buvant d’un vin léger l’escapade vibrante
À travers la forêt, les champs et les marais
Dont la fine palette aux cent couleurs m’enchante,
Je me laisse enivrer par leurs exquis attraits.

Sous un voile feuillu gît une silhouette
Dont l’armure trahit le noble gabarit.
Dans les bras de Morphée, indolente et muette,
La rêveuse guerrière à ses anges sourit.

L’endroit étant peu sûr, je m’assieds auprès d’elle,
Attendant que ses yeux se rouvrent à nouveau.
J’admire malgré moi sa figure si belle ;
Son regard me surprend et s’empourpre ma peau.

Sous de longs cils d’argent, ses iris émeraude
Capturent sans effort ma pleine attention.
Après un bref instant, d’une voix douce et chaude,
Elle me remercie et s’enquiert de mon nom.

Trébuchant sur mes mots, je lui réponds et tente
Un sourire assuré mais la guerrière rit ;
Mon teint presque écarlate et ma bouche tremblante
Avaient mon embarras sur mon visage inscrit.

Lucina se présente à son tour et suggère
Que nous marchions à deux pour un bout de chemin.
Ainsi, nous repartons sous l’orange lumière
Du soir où l’on entend d’un merle le refrain.

Le tapis vespéral des feuilles de l’automne
Que nous foulons d’un pas leste et silencieux
Semble nous inviter entre brunes colonnes
Dans un palais nocturne aux salons gracieux.

La route se divise en deux distinctes branches ;
À gauche, j’aperçois, taquinant l’horizon,
Une côte brumeuse et des falaises blanches,
D’infinis océans onirique cloison.

La scène plaît aux yeux, mais c’est bien vers la droite
Que je dois avancer ; l’inconnu m’y attend.
Se touchant les cheveux, ma partenaire, coite,
Timidement me jette un regard hésitant.

Mon cœur un temps vacille et s’apprête à la suivre
Vers cette mer lointaine au brillant pavillon
Quand l’âpre souvenir d’une lame de cuivre
Qui me blessa jadis brise l’illusion.

Cet éclat de mémoire imprégné d’infamie
Inonde mon esprit de rage et de regret.
D’un pas ferme, je prends congé de mon amie,
Décidé, de ce songe, à percer le secret.

Guidé par mon instinct, j’entre dans les ténèbres
Dont l’appétit sans fin happe tout ce qui vit.
Je ne crains nullement leurs entrailles funèbres ;
Mon désir de vengeance illumine la nuit.

Une lueur, soudain, me rend à la surface ;
Je vois la ville, au loin, qui dort paisiblement.
De mon égarement ne reste aucune trace
Et je pense au doux lit dont le confort m’attend.

Les torches sur les murs m’accueillent à l’entrée,
Leurs flammes vacillant d’un air capricieux,
Projettent sur le sol une ombre colorée
Évoquant un démon fourbe et malicieux.

Sillonnant la bourgade aux artères désertes,
J’inspire l’air nocturne en lequel s’affermit
Cet enivrant parfum d’énigmes recouvertes
Par un mystérieux suaire d’interdit.

Au milieu des jardins baignés de clair de lune
Erre un chien vagabond qui gémit sans cesser.
Sa mine dépitée et sa fourrure brune
Me somment, par pitié, d’aller le caresser.

Attendant calmement que l’animal s’endorme,
Je chante une berceuse en un faible soupir
Emporté par le vent dans les feuilles d’un orme,
S’envolant vers le monde abstrait du souvenir.

Le chien s’est assoupi ; je repars vers le gîte,
Pose une pièce d’or devant le tavernier
Qui sourit en voyant sa couleur favorite,
Et monte dans ma chambre afin de me coucher.

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